vendredi 17 septembre 2010

[SNESUP] INRP : Contre le démantèlement

Communiqué du SNESUP et du SNCS envoyé à la presse.

Après  sa  délocalisation  à  Lyon,  l'INRP  est à nouveau en butte à des attaques visant à son démantèlement.

Le  SNESUP  et  le  SNCS  affirment  leur attachement au rôle dévolu à un institut  national de recherche au service de la recherche en sciences de l’éducation et de tous les acteurs de l'éducation.

Les  personnels  de l'INRP ont exprimé leur volonté de le voir transformé en  EPST,  structure  qui  permettrait  de  mieux répondre à ses missions élargies, tout en conservant la maîtrise de sa politique scientifique.

L'INRP  présente  une  originalité  en associant des personnels de divers statuts  sous  la  double  tutelle du MESR et du MEN et accomplissant des missions de recherche, d’expertise et de médiation.

Le  SNESUP  et le SNCS dénoncent le risque d’abandon du Musée national de l'Education,  d’éclatement  de  l'équipe  « la Main à la Pâte », et de la disparition de services, notamment celui d'histoire de l'éducation.

Le  SNESUP  et  le SNCS considèrent que la solution avancée d'intégration autoritaire  comme  institut  de  l'ENS  de Lyon ne répond pas aux enjeux engageant le système éducatif. Une tout autre solution devrait allier les disciplines  universitaires, leurs méthodologies et  la recherche sur les pratiques sans opposition, ni juxtaposition.

Le  SNESUP et le SNCS  demandent donc que des négociations sur le devenir de  l'INRP soient ouvertes, permettant notamment la  définition concertée d’un  projet  scientifique  pour  l’institut  et  son inscription dans le paysage national et international de la recherche en Education.

lundi 13 septembre 2010

L'Inrp critiqué mais défendu... dans ses missions à la veille de son intégration

article paru dans "le Progrès" le 09/09/10

Décidément, l'affaire est dans le sac. Comme annoncé avant-hier dans nos éditions, l'Institut national de recherche pédagogique vit ses dernières semaines d'autonomie totale, avant d'être intégré à l'Ecole normale supérieure de Lyon.
Un rapport encore non public, réalisé par l'Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur, confirme cette option mais en fixant des garde-fous. « L'intégration de l'Inrp dans l'ENS de Lyon exige que cette dernière prenne en considération toutes les missions de l'Inrp ».
Le rapport cite « la diffusion des résultats de la recherche en éducation, l'évaluation des innovations pédagogiques, l'expertise opérationnelle, acquise sur le terrain grâce au réseau des enseignants associés, les actions de formation des enseignants, notamment du primaire, la veille scientifique et technologique, et la conservation des collections muséographiques et bibliographiques en matière de recherche en éducation ». Plus loin, l'Aeres donne l'alerte : l'Inrp a déjà vu « sa capacité d'action se restreindre » au nom « de la rationalisation ». Le rapport souligne, pour autant, des défaillances déjà pointées dans de précédents audits, notamment le manque de visibilité de l'institut et des actions de recherche encore trop dispersées.
En réalité, cela fait plus d'un an que le sort de l'Inrp se dessine. Quelques semaines après son arrivée, le directeur, Jacques Moret, avait d'ailleurs évoqué « l'insertion de l'Inrp dans la nouvelle ENS ».
Les informations émergent à point nommé, juste après le rapport de l'Aeres, et quelques semaines avant le remaniement ministériel. Intégré ? Inséré ? Chapeauté ? Absorbé ? Les modalités juridiques qui relieront cet institut national à l'ENS de Lyon sont à définir ainsi que la nouvelle tutelle : le passage au ministère de la Recherche générerait 13 millions d'économie pour l'Education nationale.
Selon les syndicats l'avenir promis constitue « une menace » sur « la recherche pédagogique au sein du service public d'éducation ». 
M.F.

dimanche 12 septembre 2010

[Point de vue] L’agonie de l’INRP

Texte publié le 02/07/10 sur le blog http://blog.educpros.fr

Compte tenu de la situation exceptionnelle que je vis actuellement dans mon lieu de stage : l’Institut National de Recherche Pédagogique à Lyon (INRP), je me dois de vous tenir informés de ce qui se passe du côté de l’éducation en France et plus précisément des actions discrètes mais réelles de la part du Ministère de l’Education Nationale.

Outre les suppressions de postes, que ce soit pour le primaire ou le secondaire, pour “améliorer la disponibilité de la ressource enseignante”, le Ministère se charge également, restrictions budgétaires oblige, de faire le ménage dans ce qu’il juge inutile… C’est vrai, après tout, ca sert à quoi un Institut National de Recherche Pédagogique ? A part réfléchir sur des questions essentielles : l’éducation prioritaire, les TICE, la mise en place du socle commun, apporter des solutions aux néo-titulaires désemparés face à des élèves “rebelles”, penser à la manière de transmettre les savoirs, former des formateurs, concevoir des ressources pédagogiques pour les enseignants, entretenir la conservation du patrimoine de l’éducation, créer des partenariats nationaux et internationaux, permettre à des enseignants plus ou moins isolés dans leur classes à réfléchir ensemble à leurs pratiques… Non, en fait vraiment ca sert à rien la pédagogie ! Une formation purement académique suffit largement pour enseigner !

Hier assemblée générale syndicale à l’INRP : 150 personnes réunies pour discuter de l’avenir… avenir sombre compte tenu de la décision de la part du ministère de la dissolution de l’INRP. Révoltes, discussions houleuses mais aussi sentiment d’impuissance et d’abandon étaient au rendez-vous…Certes l’institut sera rattaché à l’ENS Lyon mais on peut déjà dire adieu aux contractuels et bon voyage aux 10 salariés du musée national de l’éducation à Rouen, à ceux de l’annexe INRP à Marseille…

Les enseignants associés (enseignants primaire et secondaire détachés pendant quelques années pour réfléchir sur leurs pratiques) disparaîtront et les enseignants chercheurs retourneront dans leurs universités. Dur ! Certains de mes collègues, proches de la retraite et ne souhaitant pas une mutation, songent même à une reconversion professionnelle.

Mais que faire ? L’heure est bien à compter les sous de la tirelire et l’INRP n’est pas un cas à part, ce n’est qu’une victime sur la liste qui ne laisse pas de place pour les “pédagos”. Moi je vous dis les amis, les pédagogues peuvent déjà mettre de côté leurs ambitions et attendre, espérons-le, de jours meilleurs…

Du coup, j’hésite entre plusieurs titres de mémoire : “L’agonie de l’INRP”, “L’INRP ça sert à rien”, “Mort à petit feu de l’INRP”… Bon sinon, j’espère que vous allez tous bien et que tout roule dans vos stages et vos vies personnelles”… Stagiaire en Master

samedi 11 septembre 2010

[SHE] Communiqué des personnels du Service d’histoire de l’éducation de l’INRP

publié le 8 juillet 2010

Les personnels du Service d’histoire de l’éducation, ont appris lundi dernier la destitution par téléphone de leur directeur, Pierre Caspard, par le directeur de l’INRP. En l’absence de toute justification, cette décision apparaît comme l’ultime tentative de déstabilisation et de liquidation du SHE.
Cette décision fait suite, depuis septembre 2009 et la nomination de Jacques Moret à la tête de l’INRP, à une série de jugements publics dépréciatifs sur la qualité et la pertinence de notre travail. Ces jugements s’apparentent, pour le moins, à une entreprise de dénigrement systématique. Les derniers propos en date ont été tenus à l’occasion du Conseil d’administration de l’INRP du 28 juin 2010. Le directeur de l’INRP y a laissé entendre que les travaux de l’Unité n’étaient plus pertinents et affirmé qu’elle n’entrerait plus dans les thématiques nouvelles retenues pour l’INRP.
Le personnel du service conteste ces affirmations. D’une part, la simple mise en parallèle de ces thématiques et des axes de recherche du SHE démontre que les activités du service s’inscrivent pleinement dans ces thématiques. D’autre part, pendant longtemps URA CNRS, le SHE a été doté par la direction de l’INRP d’un comité d’évaluation totalement externe, qui depuis 2007 a la charge de se prononcer sur son activité scientifique. Les évaluations réalisées à trois reprises sur la base du rapport d’activité de l’Unité (dont la dernière a eu lieu le 5 juillet dernier) ont toujours souligné la qualité et la pertinence des choix scientifiques du SHE. La suppression de ce comité, composé d’experts reconnus et indépendants, décidée le 5 juillet 2010 par le directeur de l’INRP, participe manifestement d’un même refus de fonder scientifiquement tous les jugements ou décisions.
De plus, alors que le directeur réclame avec constance depuis septembre 2009 l’intégration de toutes les services de l’INRP dans des Unités mixtes de recherche, il oppose une fin de non recevoir à l’association du SHE avec l’ENS Ulm dans le cadre d’une UMR. Or ce rapprochement, inscrit depuis 2002 dans les objectifs de l’INRP, a reçu le soutien des personnels concernés, qui ont signé en ce sens une déclaration commune, ainsi que celui de la directrice de l’ENS. Ce refus n’a été justifié par aucun argument scientifique ou autre.
Enfin, l’annonce de la nomination d’Annie Renonciat, professeur de littérature, comme directeur intérimaire du SHE, est incompréhensible et témoigne d’un grand mépris vis-à-vis du travail mené depuis de longues années. Ce professeur n’a aucune légitimité en matière d’histoire de l’enseignement, spécialité du service pour lequel la compétence, l’expertise et la qualité de son travail sont reconnues nationalement et internationalement. Nommer à notre tête un directeur intérimaire, même professeur d’université, ne bénéficiant d’aucune reconnaissance scientifique et institutionnelle dans ce champ de recherche manifeste une méconnaissance volontaire du travail scientifique. Quel bilan à la tête du pôle scientifique de Rouen pourrait justifier une telle nomination ? Comment expliquer enfin cette nomination, alors que le directeur de l’INRP a déclaré au cours du dernier Conseil scientifique qu’elle n’était pas la personne adéquate pour ce poste et qu’il y a au sein du service des personnes qualifiées pour remplir cette fonction ? Comme au Musée national de l’éducation ou ailleurs, ce dénigrement systématique et l’incertitude quant à notre sort ont rendu particulièrement difficile l’exercice de nos fonctions cette année.
Au vu de l’ensemble de ces éléments, les personnels du SHE considèrent donc que les dernières décisions du directeur de l’INRP concernant ce service ne relèvent que d’une volonté de destruction immédiate, sans donner le temps à une évaluation d’avoir lieu ou aux tutelles de trancher sur son avenir. Les personnels du Service d’histoire de l’éducation

vendredi 10 septembre 2010

[Presse] L’INRP entre dilution et dissolution

Article publié le 10.09.10 sur http://www.educpros.fr

L’avenir de l’INRP (Institut national de la recherche pédagogique) est en train de se jouer ou de se rejouer. Deux rapports, celui du directeur de l’Institut et celui de l’AERES préconisent son rapprochement institutionnel avec l’ENS de Lyon.
Deux rapports réduisant la voilure de l’INRP sont tombés coup sur coup en juillet 2010. Le rapport de l’AERES recommande de « reconnaître et conforter l’identité de l’INRP, en liaison avec l’ENS de Lyon, en le dotant d’un statut qui lui donne l’autonomie nécessaire pour remplir l’ensemble de ses missions nationales et pour devenir pour le pays une tête de réseau en sciences de l’éducation». Une formulation qui laisse ouverte différentes formes d’intégration avec la menace d’une réduction sévère des missions de l’Institut.
Le rapport de l’AERES suggère aussi des suppressions de postes, mais parmi les personnels techniques et administratifs, dont les effectifs sont supérieurs à ceux de la recherche. « La gestion administrative pourrait vraisemblablement supporter, sans perte notable de qualité, une diminution modéré des effectifs, déjà largement initiée depuis quelques années », indique l’AERES dans son rapport. Autres mesures d’économies envisagées : développer davantage les contrats de recherche et réduire les publications papier. « Le montant (un million d’euros) de la délégation consentie par le CA au directeur » est par ailleurs jugé « élevé » par les rapporteurs.

Les enseignants détachés en ligne de mire

Dans son propre rapport, Jacques Moret, le directeur de l’INRP nommé il y a un an, propose lui aussi une « insertion au sein de l’ENS ». Celle-ci pourrait se faire « soit dans le cadre du contrat quadriennal de l’ENS de Lyon avec l’Etat, soit en direct avec la composante qu’il représentera au sein de l’ENSL ». Il préconise une "universitarisation" de l’Institut avec une tutelle unique, celle du ministère de l’Enseignement supérieur contre la double tutelle Education nationale-Enseignement supérieur actuelle.
Cette proposition se traduirait par la suppression de l’emploi des enseignants du secondaire détachés pour faire de la recherche, qu’il compte remplacer par 15 postes d’enseignants-chercheurs. L’INRP est actuellement composé de 230 personnels sur son budget propre, dont seulement un tiers pour la recherche. L’originalité de son réseau scientifique repose sur les quelque 800 « chercheurs associés », pour la plupart des professeurs du secondaire mis à disposition à temps partiel ou rémunérés sur des crédits d’heures supplémentaires.

L’Education nationale en pleine réévaluation

Sur un budget consolidé de 19 millions d’euros, l’INRP bénéficie d’une subvention de l’Etat de 13 millions d’euros qui assure l’essentiel de son fonctionnement. De quoi attiser, selon certains, des envies d’économies pour le ministère de l’Education nationale, en vue de la réduction des 16 000 postes en 2011.
Une idée qui n’est pas neuve. Un rapport d’audit de 2007 recommandait même la dissolution de l’INRP dans l’optique de la réduction du nombre de fonctionnaires (RGPP). Et l’institut de recherche, créé sur les fondations du Musée pédagogique par Jules Ferry et aujourd’hui installé à Lyon, Paris, Rouen et Marseille, est dans la ligne de mire de plusieurs rapports depuis plus de 15 ans. L’AERES suggère que l’INRP, après avoir été démembré en partie dans les années 1970, se rapproche de nouveau du CNDP et de l’ESEN, pour éviter des missions en doublon.
Cette restructuration intervient dans un contexte où la plupart des structures d’évaluation du système éducatif sont en sous-régime ou carrément sans direction, comme le relèvent les auteurs du précieux Atlas des fractures scolaires en France que publient les éditions Autrement. L’OVE (Observatoire de la vie étudiante) est toujours sans président et le CIEP (Centre international d’études pédagogiques) sans directeur, alors qu'il édite la Revue internationale d'éducation. L’IGEN (Inspection générale de l’Education nationale), qui ne publie quasiment plus aucun rapport, pas même son rapport annuel l’an passé, a toujours pour doyen François Perret, dont le mandat expirait fin juillet. La DEPP (direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) quant à elle a vu la diffusion de ses publications largement réduite ces dernières années (ses Notes d’informations sont passées de 51 en 2007 à 18 en 2009). Pour leur part, les Cahiers pédagogiques se sentent menacés après la réduction de moitié de la subvention ministérielle à la rentrée.     
Ironie de l’histoire ? Luc Chatel avait remis en avant l’INRP, en avril 2010, en lui demandant d’organiser un séminaire sur « l’école et la nation » suite aux polémiques suscitées par le débat sur l’identité nationale. Une bouée avant le lâchage ?
Fabienne Guimont

jeudi 9 septembre 2010

[Lettre] Lettre aux ministres de l'Education Nationale et de la Recherche

(Une version de ce texte a été envoyée à Mme. Pécresse, Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche)

Les sections syndicales de l’INRP, CGT, FSU, SGEN-CFDT, UNSA-Éducation
Cachan, Lyon, Marseille, Paris, Rouen, le 9 septembre 2010


Lettre ouverte des personnels de l’INRP…
à Monsieur le Ministre de l’Éducation nationale



Monsieur le Ministre,

Quel devenir pour l’Institut National de Recherche Pédagogique ?
Êtes-vous vraiment favorable à sa disparition par absorption dans l’ENS de Lyon, à l’abandon de la tutelle de l’Éducation nationale, à la suppression de l’association d’enseignants du premier et du second degrés à la recherche ? Quel serait le bénéfice pour votre ministère de détruire cet instrument unique qu’est l’INRP ?
Vous venez, avec Madame la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, de confier à J. Samarut, Président de l’ENS de Lyon, une mission sur les “conditions d’intégration” de l’INRP à cet établissement ; lors d’une séance extraordinaire, le Conseil scientifique et le Conseil d’administration de l’INRP, le 17 septembre 2010, doivent être informés des orientations retenues par ses tutelles concernant l’évolution de l’INRP et la procédure choisie pour les mettre en œuvre.
Dans ces circonstances, les divergences entre les conclusions du Rapport Moret et les recommandations du Rapport préliminaire de l’AERES laissent les personnels perplexes et inquiets. Refusant le statu quo, ils attendent de la refondation annoncée, comme le mentionne le rapport Moret, un approfondissement des missions de l’INRP, une opportunité pour “repenser ses priorités scientifiques de façon globale en cohérence avec le paysage existant de la recherche en éducation” (p4) et assurer un fonctionnement en réseau garant de “la valeur ajoutée de l’INRP au système éducatif” (p5). Si ces visées correspondent aux préconisations de l’AERES de “pérenniser les missions centrales de l’INRP” –diffusion des résultats de la recherche en éducation, évaluation des innovations pédagogiques, expertise opérationnelle acquise sur le terrain grâce aux enseignants associés, actions de formation des enseignants, veille scientifique et technologique, conservation et développement des collections muséographiques et bibliographiques en matière de recherche en éducation– (p.27),  les propositions du rapport Moret, marquées par la RGPP et le désintérêt des ministères pour les questions éducatives, sont en contradiction avec ces objectifs.
Le rapport Moret souligne qu’“aucun autre établissement n’offre un service comparable en France” en couvrant à la fois les domaines de la recherche, de l’ingénierie pédagogique, de l’expertise, des ressources et de la médiation” (p.60) pour autant l’éventail des solutions –plateforme de recherche sans chercheurs permanents, abandon du Musée National de l’Éducation (Rouen), saupoudrage ou dilution de l’histoire, abandon de la tutelle Éducation nationale et du programme 214 de la LOLF, rattachement exclusif à la Recherche et au programme 150, repli régional par l’insertion dans l’ENS de Lyon, etc.– dessine un avenir en creux, étiolé, contraint, tournant le dos aux intérêts majeurs du système éducatif. La “préservation” de l’identité de l’INRP lors de l’intégration dans l’ENS de Lyon serait illusoire dans ces conditions et contreviendrait à la recommandation de l’AERES “de ne pas mettre en péril la vocation nationale de l’INRP ni sa capacité à accompagner les nécessaires évolutions du système éducatif français” (p27)
Les missions de l’INRP ne sont pas celles de l’ENS de Lyon ce que souligne le rapport préliminaire de l’AERES qui recommande de “reconnaître et conforter l’identité de l’INRP, en liaison avec l’ENS de Lyon, en le dotant d’un statut qui lui donne l’autonomie nécessaire pour remplir l’ensemble de ses missions nationales et pour devenir pour le pays une tête de réseau en sciences de l’éducation sur la base de partenariats régionaux, nationaux et internationaux” (p.29).
Les questions d’éducation et de formation doivent être traitées à l’écoute de tous les acteurs en s’inscrivant dans la durée, en s’appuyant sur des composantes, des compétences, des métiers complémentaires. L’INRP est en mesure de proposer une démarche efficace, offrant les mêmes garanties de confrontation internationale et de robustesse des résultats de recherche que la communauté scientifique à laquelle il appartient, mais prenant en compte les expériences sociales sur l’éducation. Trop de réformes ont échoué ou été détournées parce qu’elles avaient négligé cette expérience. L’aide au pilotage implique une circulation des savoirs entre l’Université, les responsables politiques et administratifs, le corps enseignant et les personnels d’encadrement, les lieux de formation, les parents, les élèves, les collectivités territoriales.
L’INRP, dont l’histoire se confond avec celle de l’École républicaine, a la légitimité et la logistique pour assurer une telle mission qui a des implications statutaires, humaines, financières et de gestion. Il doit être national, autonome, porteur d’un programme national de recherche en éducation et formation pour travailler en réseau national et international avec tous les acteurs du monde éducatif, avec les décideurs français et européens et participer à la constitution du volet recherche de la formation des enseignants qui doit se développer en France comme il l’est à l’étranger.
Dans ces conditions, il n’est pas possible, au 1er janvier 2011, de faire de l’INRP refondé un appendice de l’ENS de Lyon, qui a déjà à surmonter les conséquences de sa fusion entre lettres et sciences. L’INRP refondé doit être un EPST, sous tutelle interministérielle, conservant ses métiers et ses composantes, inscrit à la fois dans les programmes 150 et 214 de la LOLF, disposant des moyens financiers et humains à la hauteur de ses missions. Alors, tous les partenariats scientifiques, institutionnels et de gestion pourront être fructueux, avec l’ENS de Lyon bien sûr, mais aussi le CNDP, le CNED, l’ESEN…

Voulez-vous vraiment, Monsieur le Ministre, renoncer à la tutelle de l’Éducation nationale sur l’INRP et le dissoudre dans l’ENS de Lyon, détruire l’association des enseignants à la recherche en supprimant les moyens pour les enseignants détachés et associés ? Serez-vous le ministre de l’Éducation nationale qui, comme le relève déjà la presse, “invente l’institut de recherche jetable” ?
Les personnels de l’INRP souhaitent une refondation constructive de leur institut, sans violence institutionnelle des tutelles venant s’ajouter à “l’instabilité de la gouvernance” dénoncée par l’AERES.

Avec toute notre considération


Les sections syndicales de l’INRP, CGT, FSU, SGEN-CFDT, UNSA-Éducation

mardi 7 septembre 2010

[Presse] L'ENS de Lyon absorbera bientôt l'Institut national de recherche pédagogique

Article paru dans Le Progrès le 07/09/2010
Hier, lors d'une cérémonie célébrant la rénovation du restaurant de l'ENS, il y avait des invités surprise. Une bonne cinquantaine de personnels de l'Inrp, travaillant sur le site de Lyon Gerland, se sont présentés avec des pancartes dénonçant « l'absorption de leur institut par l'ENS ». Autre image parlante, une silhouette représentant le ministère de l'Education nationale traînant un boulet symbolisant l'Inrp. Manière de signifier une inquiétude, relayée par les sections syndicales FSU, CFDT, CGT et Unsa de cet institut national, implanté à Lyon. « Au sein de l'ENS, nous ne sommes pas convaincus de pouvoir assurer toutes nos missions, notamment faire le lien entre la recherche et le terrain », résume Annie Feyfant, déléguée CFDT du personnel.
Rien n'est encore officiel. Mais il y a toutes les raisons de penser l'intégrations sera effective dès le 1er janvier. L'Inrp est décrié depuis longtemps. Nommé en septembre 2009, le directeur Jacques Moret était d'ailleurs chargé de présenter les axes de sa refondation. Une dernière chance pour l'autonomie selon les uns, une mission commandée « insertion à l'ENS » selon les autres. Le directeur a rendu son rapport fin juillet au ministère. Le document laisse ouvertes les deux pistes.
Au cœur du problème, la réelle efficacité de l'établissement. Censé conduire des travaux de recherche, répondre à des commandes d'intérêt national et apporter sa contribution au fonctionnement de l'école sur le volet pédagogique, l'Inrp reste en effet un objet non identifié pour le commun des enseignants. Les équipes s'y juxtaposent, des colloques de haut vol s'y succèdent, des travaux pointus y sont réalisés... Mais tout cela demeure peu visible et pas toujours en phase avec la réalité des classes. Il faut dire que le ministère de l'Education nationale, faute de commandes claires, n'a pas souvent aidé ce bel outil à exprimer son potentiel.
Le nouveau directeur a toujours affiché son intention de rendre l'institut plus réactif sur les questions concernant le système éducatif. Il souhaitait aussi que les travaux des chercheurs puissent (davantage) irriguer les pratiques des enseignants. Il affirmait enfin sa volonté d'ouverture à l'international. En revanche, il est toujours resté plus vague -et plus prudent- sur « l'insertion » de l'institut au sein de l'ENS de Lyon.
Ces derniers mois, l'Inrp s'est recentré sur ses missions. Il vient notamment d'ouvrir une plateforme pédagogique très pratique pour les enseignants débutants. Cela n'empêche son absorption prévisible. A l'ENS, le directeur Olivier Faron promet que l'Institut y gagnera « en lisibilité » mais n'y perdra pas en termes de personnels. Le président Jacques Samarut se défend de souhaiter une quelconque « dissolution » et souligne la cohérence des missions de l'Inrp avec celles de l'ENS en terme de formation. Mais il reste plusieurs questions en suspens à trancher. Notamment le maintien d'une gouvernance propre à l'Inrp, le choix de la tutelle (recherche ou éducation), le sort du musée de l'Education à Rouen, la mutualisation des moyens administratifs ainsi que les missions prolongées de certains enseignants qui font office de chercheurs.
Muriel Florin